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Nicolas Vérin

Articles avec #boulez tag

Some thoughts after Boulez's death

25 Janvier 2016 , Rédigé par Nicolas Vérin Publié dans #Boulez, #Paris, #Robert Cahen, #Réflexions

Some thoughts after Boulez's death

The death of Pierre Boulez is certainly a turning point in music history in France.

Though I regret his incomprehension and furthermore his brutal rejection of electroacoustic music, one can only recognize the great contribution he brought about, relying on his prestige as a conductor, giving France a leading role in contemporary music. He also helped establish this music's legitimacy in the country, with a strong support from the State and local governments that is envied throughout the world.

Alas, the trend has reversed for already some time, and Boulez's passing may reinforce this tendency. Whether it be in the written press, radio (I'm not even talking of television), festivals, concert seasons, various financial aids or conservatories, the place of contemporary music seems ever shrinking.

Boulez's music was never easy for me. I started with a strong negative bias, as I was at the beginning completely invested in electroacoustic music. His views caused much harm to this genre, and I found quite inappropriate to entrust someone with such limited experience with electroacoustic music to head what became IRCAM. Eventually he succeeded to build something quite extraordinary with the Institute coupled with EIC. While one cannot but recognize his talent as organizer, one can still regret that he rather drily disbanded the original team (among whom Luciano Berio for electroacoustics, Jean-Claude Risset for the computer department and Vinko Globokar for voice and instruments research), fearing to be eclipsed and that the institute would go into multiple aesthetic directions, different to his which he always put forward, sometimes narrowly. However, with a few exceptions, only recognized composers of instrumental music were legitimated and invited there. Most of the time, their musical thinking doesn't give an essential place to sound by putting it at the core of their work. Hence many a work composed there has an electronic part that is ornemental, sometimes beautiful but seldom essential. Moreover, it is not infrequent that these works can be given without the electronic part, it being optional. I find that quite a paradox, particularly in Boulez's music, like in Anthèmes (for violin with optional electronics). If each and every sound must be justifiable by formal thought, then why are electronic sounds dispensables? The same remark applies to the principle of work in progress that Boulez much used. If structure, rigor, and hierarchy are to be placed above all, then how can one extend an existing piece, changing only its last page to go on from there? Isn't it a little bit akin to salami slicing?

One can surmise from this interview from 2011 (in French) - particularly at 4' and 6'45 - that he still thinks that sounds must be submitted to a hierarchy, be precise, limited, in short calibrated so as to form elements of a language. In such case, they are left to be mere symbols, having no value by themselves. This is missing the whole contribution of musique concrète, and one can see how his music is after all way more traditional than electroacoustic music. And what naïveté about the all mighty computer...

But I will not hold blame, as every creator feeds on paradoxes, and surely it is where most riches can be found.

Another paradox : the music Boulez composed for Symphonie Mécanique, a film by Jean Mitry. It is a piece of musique concrète, realized at Studio d'Essai of the French Radio in 1957, with assistance from Pierre Henry. One recognizes numerous sounds from the latter, as Boulez drew in the sonic pool, mostly made up of sounds created yr Pierre Henry. Ultimately, the best from this work seems to be owed to Pierre Henry.

During my years in San Diego, I studied in detail le Marteau sans maître. After three or four weeks with the score and more than a dozen of listen, I gradually admired, then appreciated and even liked it. One can say it is a pleasure to be earned! Since, I sometimes teach it and enjoy listening to it again, but I would not think of doing so otherwise.

My favorite Boulez piece is certainly Répons, though some passages seem to me rather long.

The film Robert Cahen made on that work is truly superb. One can see its beginning in the link below.

Don't hesitate to send me comments!

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Quelques réflexions après la mort de Boulez

25 Janvier 2016 , Rédigé par Nicolas Vérin Publié dans #Boulez, #Réflexions, #Paris, #Robert Cahen

Quelques réflexions après la mort de Boulez

(English version to come in upcoming post)

La mort de Pierre Boulez est certainement un tournant dans l'histoire de la musique en France.

Si je regrette son incompréhension et encore plus son rejet brutal de la musique électroacoustique, force est de reconnaitre qu'il a beaucoup contribué, en s'appuyant sur son prestige de chef d'orchestre, à donner à la France une place prépondérante dans la musique contemporaine dans le monde. Il a aussi permis de lui donner une légitimité à l'intérieur, et un soutien public tant de l'État que des collectivités locales que nous envient les autres pays.

Malheureusement, le mouvement s'est inversé depuis déjà quelque temps, et la disparition de Boulez risque de renforcer cette tendance. Que ce soit dans la presse écrite, la radio, (je ne parle même pas de la télévision) dans les festivals, les saisons de concert, les diverses aides financières ou les conservatoires, la place de la musique contemporaine paraît toujours plus étroite.

Pour le Boulez compositeur, ce n'est jamais allé de soi pour moi. Je partais d'un a priori très négatif, étant au départ investi totalement dans la musique électroacoustique. Ses positions ont fait beaucoup de tort à ce genre, et il me paraissait mal à propos de confier à quelqu'un qui n'en avais fait que très peu la responsabilité de ce qui est devenu l'IRCAM. Finalement il a réussi une construction extraordinaire avec le Centre et l'EIC. Si on ne peut que reconnaitre son talent d'organisateur, on peut quand même regretter qu'il ait remercié sèchement l'équipe initiale (dont Luciano Berio pour l'électronique, Jean-Claude Risset pour l'informatique et Vinko Globokar pour la recherche voix et instruments), craignant qu'ils lui fassent de l'ombre et partent dans des directions esthétiques multiples et différentes à la sienne qu'il a toujours privilégié, parfois étroitement. Par la suite, à quelques exceptions près, seuls les compositeurs ayant une reconnaissance par leurs oeuvres instrumentales ont été légitimés et accueillis à l'IRCAM. Or la plupart du temps, ceux-ci ont une pensée musicale qui ne fait pas vraiment une place importante au son, en le plaçant au départ de leur travail. De ce fait, bon nombre d'oeuvres composées là ont une partie électronique surtout décorative, parfois belle mais rarement indispensable. D'ailleurs il n'est pas rare qu'elles puissent être données sans électronique, celle-ci étant facultative. C'est tout de même un paradoxe, notamment chez Boulez : Anthèmes (pour violon avec électronique optionnelle) est dans ce cas. Si chaque son doit pouvoir être justifié par la pensée formelle, alors pourquoi les sons électroniques sont ils dispensables ? La même remarque s'applique au principe de work in progress que Boulez a beaucoup utilisé. Si la structure, la rigueur, la hiérarchie sont placés au-dessus de tout, alors comment peut on rallonger une pièce existante en ne modifiant que la dernière page pour repartir ensuite. N'est-ce pas là une sorte de saucissonnage ?

On voit dans cet entretien de 2011 (notamment à 4' et 6'45) qu'il continue à penser que les sons doivent se soumettre à une hiérarchie, à être précis, limités, donc en fait à être bien calibrés pour former les éléments d'un langage. Dans ce cas, ils ne sont que des symboles, mais n'ont pas de valeur en eux-même. C'est là tout l'apport de la musique concrète qui est ignoré, et on voit combien sa musique est finalement beaucoup plus traditionnelle que la musique électroacoustique. Et quelle naïveté par rapport au tout informatique...

Mais je ne lui jetterais pas la pierre, car tout créateur se nourrit de paradoxes, et c'est sûrement là qu'il y a le plus de richesse à trouver.

Autre paradoxe : la musique que Boulez a composée pour le film Symphonie Mécanique de Jean Mitry. Il s'agit d'une musique concrète, réalisée au Studio d'Essai de la RTF, avec l'assistance de Pierre Henry. On y reconnait de nombreux sons de ce dernier, car Boulez a puisé dans le fonds commun, essentiellement constitué de sons enregistré par Pierre Henry. Finalement le meilleur de cette oeuvre semble dû à Pierre Henry.

J'avais étudié en détail le Marteau sans maître durant mes années à San Diego. Au bout de trois ou quatre semaines avec la partition et après plus d'une vingtaine d'écoutes, je l'ai petit à petit admiré, puis apprécié, puis même aimé. On peut dire que c'est un plaisir qui se mérite ! Depuis je l'enseigne parfois et j'aime assez le ré-écouter dans ce cadre, mais cela ne me viendrait pas à l'idée de le faire autrement.

L'oeuvre que j'aime sans doute le plus est Répons, bien que certains passages me paraissent très longs.

Le film qu'a fait Robert Cahen sur cette oeuvre est vraiment superbe. On peut en voir le début dans le lien ci-dessous.

N'hésitez pas à commenter !

Extrait de Répons, film de Robert Cahen sur la musique éponyme de Pierre Boulez, avec les musiciens de l'Ensemble InterContemporain. Il s'agit du premier quart environ du film.

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